Les différences structurelles
Les systèmes successoraux français et suisse présentent des différences fondamentales qui vont bien au-delà des simples écarts de taux.
| Critère | France | Suisse |
|---|---|---|
| Niveau de compétence | National (État) | Cantonal (26 cantons) |
| Type de barème | Progressif par tranches | Variable : proportionnel, progressif ou multiplicateurs selon le canton |
| Abattements | Oui (100 000 € en ligne directe, 15 932 € frères/soeurs, etc.) | Variables selon les cantons ; souvent aucun abattement |
| Ligne directe | 5 % à 45 % (après abattement) | 0 % dans la quasi-totalité des cantons |
| Conjoint | Exonéré (art. 796-0 bis CGI) | Exonéré dans tous les cantons |
| Taux maximum (tiers) | 60 % | 0 % (Schwyz) à 50 % (Genève) |
| Convention bilatérale | Aucune depuis le 1er janvier 2015 | |
| Règlement EU 650/2012 | Applicable | Non applicable (pas membre UE) |
Barème national vs fiscalité cantonale
La différence la plus fondamentale est structurelle. La France applique un barème unique sur tout son territoire, défini par les articles 777 et suivants du CGI. Tout héritier est soumis aux mêmes règles, qu'il hérite d'un bien à Paris, Lyon ou Marseille.
En Suisse, chaque canton est souverain en matière fiscale. Un même héritage sera taxé différemment selon que le défunt résidait à Genève (jusqu'à 50 % pour les tiers), à Zurich (jusqu'à 36 %) ou à Schwyz (0 %). Cette disparité crée une concurrence fiscale entre cantons qui n'a pas d'équivalent en France.
Progressivité vs proportionnalité
Le barème français est progressif : le taux augmente par tranches. Un enfant héritant de 500 000 € paie 5 % sur les premiers 8 072 € (après abattement), puis 10 %, 15 %, 20 %, et ainsi de suite jusqu'à 45 % au-delà de 1 805 677 €.
En Suisse, de nombreux cantons appliquent un taux proportionnel unique (comme Genève pour les frères/soeurs) ou un système de multiplicateurs (comme Zurich et Berne). Le calcul est souvent plus simple, mais les résultats varient considérablement.
Tableau comparatif : cantons vs France
Le tableau ci-dessous compare les taux applicables dans les principaux cantons suisses avec le barème français, pour chaque catégorie d'héritiers.
Transmission en ligne directe (enfant)
| Juridiction | Taux | Abattement | Sur 500 000 € : droits estimés |
|---|---|---|---|
| France | 5 % à 45 % | 100 000 € | ~78 200 € |
| Genève | 0 % | — | 0 € |
| Vaud | 0 % ≤ CHF 1M | CHF 1M | 0 € |
| Valais | 0 % | — | 0 € |
| Zurich | 0 % | — | 0 € |
| Berne | 0 % | — | 0 € |
| Schwyz | 0 % | — | 0 € |
En ligne directe, l'avantage suisse est écrasant : zéro impôt dans tous les cantons listés, contre environ 78 200 € en France pour une succession de 500 000 €.
Transmission entre frères et soeurs
| Juridiction | Taux indicatif | Sur 500 000 € : droits estimés |
|---|---|---|
| France | 35 % à 45 % (abatt. 15 932 €) | ~217 000 € |
| Genève | 6 % à 26 % + centimes add. | ~100 000 € (estimation) |
| Vaud | Jusqu'à 25 % | ~125 000 € |
| Valais | ~10 % fixe | ~50 000 € |
| Zurich | Multiplicateur x3 | Variable |
| Berne | Multiplicateur x6 | Variable |
| Schwyz | 0 % | 0 € |
Entre frères et soeurs, la France est systématiquement plus coûteuse que tous les cantons suisses. L'écart est particulièrement frappant avec les cantons sans impôt (Schwyz) ou à taux fixe modéré (Valais).
Transmission à un tiers non-parent
| Juridiction | Taux maximum | Sur 500 000 € : droits estimés |
|---|---|---|
| France | 60 % (abatt. 1 594 €) | ~299 000 € |
| Genève | Jusqu'à 50 % | ~250 000 € |
| Vaud | Jusqu'à 50 % | ~250 000 € |
| Valais | Variable | Variable |
| Zurich | Jusqu'à 36 % | ~180 000 € |
| Berne | Multiplicateur x16 | Variable (élevé) |
| Schwyz | 0 % | 0 € |
Pour les tiers, les cantons de Genève et Vaud se rapprochent du niveau français. En revanche, Zurich reste significativement plus favorable, et Schwyz reste à zéro.
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Estimer ma successionCas pratiques chiffrés
Cas 1 : un enfant hérite de 1 000 000 €
| France | Genève | Schwyz | |
|---|---|---|---|
| Part brute | 1 000 000 € | 1 000 000 € | 1 000 000 € |
| Abattement | 100 000 € | — | — |
| Part taxable | 900 000 € | 1 000 000 € | 1 000 000 € |
| Droits dus | ~194 200 € | 0 € | 0 € |
| Taux effectif | ~19,4 % | 0 % | 0 % |
Pour une succession en ligne directe de 1 000 000 €, l'enfant paie environ 194 200 € en France et rien en Suisse (quel que soit le canton). L'écart est de 194 200 €.
Cas 2 : un frère hérite de 300 000 €
| France | Valais | Schwyz | |
|---|---|---|---|
| Part brute | 300 000 € | 300 000 € | 300 000 € |
| Abattement | 15 932 € | — | — |
| Part taxable | 284 068 € | 300 000 € | 300 000 € |
| Droits dus | ~119 000 € | ~30 000 € | 0 € |
| Taux effectif | ~39,7 % | ~10 % | 0 % |
L'absence de convention depuis 2015
L'un des aspects les plus importants de la comparaison franco-suisse est l'absence de convention bilatérale en matière de successions depuis le 1er janvier 2015. La convention de 1953, qui coordonnait les deux fiscalités, a été dénoncée par la France le 17 juin 2014 (décret n° 2014-1270 du 30 octobre 2014).
Les conséquences pratiques
- Cumul des impositions : le canton suisse et la France taxent chacun selon leurs propres règles, sans coordination.
- Crédit d'impôt limité : l'article 784 A du CGI offre un mécanisme unilatéral, mais plafonné et insuffisant dans de nombreux cas.
- Taxation pouvant dépasser 100 % : un exemple parlementaire cite une taxation cumulée de 115 % pour des héritiers éloignés.
En comparaison, la France maintient des conventions successorales avec d'autres pays (Monaco, Espagne, etc.) qui permettent d'éviter cette situation. L'absence de convention avec la Suisse est une exception notable et lourde de conséquences.
Les taux suisses ne peuvent être comparés isolément aux taux français. Pour une succession franco-suisse, les deux impositions se cumulent. Un canton à « faible » taux de 10 % + la France à 60 % aboutit à une charge bien supérieure à celle d'une succession purement française.
Synthèse : avantages et inconvénients
| Critère | Avantage Suisse | Avantage France |
|---|---|---|
| Ligne directe | 0 % dans presque tous les cantons | — |
| Abattements | — | 100 000 € en ligne directe |
| Frères/soeurs | Taux bien inférieurs (0 % à ~26 %) | — |
| Tiers non-parents | Variable (0 % à 50 %) | — |
| Simplicité | — | Barème national unique |
| Prévisibilité | — | Règles uniformes |
| Concurrence fiscale | Choix du canton | — |
| Convention internationale | — | Conventions avec de nombreux pays |
| Risque double imposition | Élevé (pas de convention) | Moindre (conventions) |
Pour une succession purement suisse (défunt et héritier tous deux en Suisse), le système suisse est presque toujours plus favorable. Mais pour une succession transfrontalière franco-suisse, l'absence de convention annule souvent cet avantage en créant une double imposition.
Sources : ch.ch, ge.ch, vd.ch, art. 777 à 779 CGI, art. 750 ter CGI, art. 784 A CGI, BOFiP ACTU-2014-00284, BOI-INT-CVB-CHE-20, questions parlementaires Sénat et AN.
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