Pas de règle des 5 ans : la différence avec Monaco

L'une des premières questions que se pose un Français expatrié en Andorre concerne la durée de résidence nécessaire pour « échapper » à la fiscalité successorale française. La réponse est fondamentalement différente selon qu'il s'agit de Monaco ou de l'Andorre.

Monaco : la règle des 5 ans

La convention franco-monégasque du 1er avril 1950 (art. 1(c)) impose aux ressortissants français une résidence effective de 5 ans minimum à Monaco pour y être considérés comme domiciliés fiscalement au moment du décès. Avant ce délai, le Français est réputé domicilié en France, et sa succession est taxée intégralement selon le barème français.

Andorre : pas de convention, donc pas de règle spécifique

En l'absence de convention successorale entre la France et l'Andorre, il n'existe aucune règle des 5 ans ni aucune condition de durée minimale de résidence. La résidence fiscale du défunt s'apprécie selon les critères de droit commun français (article 4 B du CGI) :

Si aucun de ces critères n'est rempli, le défunt n'est pas domicilié en France au sens fiscal. Ses biens situés hors de France ne sont pas taxés par la France (sauf si l'héritier remplit la condition du 750 ter, voir ci-dessous).

Bon à savoir

L'absence de règle des 5 ans signifie qu'un Français qui s'installe en Andorre et y transfère effectivement son domicile fiscal peut, dès le premier jour, être considéré comme résident andorran pour les besoins de sa succession — à condition que les critères du 4 B du CGI ne le rattachent plus à la France. Cette souplesse n'existe pas pour les Français installés à Monaco.

Critère Monaco Andorre
Convention successoraleOui (1950)Non
Règle des 5 ans pour FrançaisOui (art. 1(c))Non
Critère de domicileConvention (5 ans)Droit commun (4 B CGI)
Risque résiduel via héritierOui (750 ter)Oui (750 ter)

Héritiers résidant en France : le piège du 750 ter

Même si le défunt est incontestablement domicilié en Andorre, la France conserve un levier de taxation puissant : l'article 750 ter du CGI dans son deuxième cas (héritier résident français).

La condition : 6 ans de résidence sur les 10 dernières années

Si un héritier a été domicilié en France pendant au moins 6 des 10 dernières années précédant la transmission, la France taxe l'intégralité de sa part, y compris les biens situés en Andorre. Ce mécanisme s'applique quels que soient la nationalité et le domicile du défunt.

Conséquences pratiques

Pour un Français expatrié en Andorre dont les enfants vivent en France (cas très fréquent), le transfert de résidence en Andorre ne permet pas d'échapper à la fiscalité successorale française si les héritiers remplissent la condition du 750 ter.

Attention

La condition des 6/10 ans s'apprécie héritier par héritier. Si certains enfants résident en France et d'autres à l'étranger, seuls ceux remplissant la condition seront taxés par la France sur l'intégralité de leur part. Cette asymétrie peut créer des situations de traitement inégal entre héritiers.

Le crédit d'impôt de l'article 784 A du CGI permet certes de déduire les droits payés en Andorre, mais pour les transmissions en ligne directe (Groupe 1 andorran), le taux andorran est de 0 %. Le crédit d'impôt sera donc nul et la France taxera intégralement selon son barème progressif (5 % à 45 %).

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L'immobilier en France : toujours taxé par la France

Les biens immobiliers situés en France constituent une catégorie à part. En vertu de l'article 750 ter du CGI (troisième cas), la France taxe tout bien immobilier situé sur son territoire, indépendamment du domicile du défunt et de l'héritier.

Biens concernés

Aucune déduction possible des droits andorrans

Puisque l'Andorre ne taxe pas les biens situés hors de son territoire, il n'y a pas de droits andorrans payés sur les biens français. Le crédit d'impôt de l'article 784 A ne joue donc pas pour cette catégorie de biens. La France taxe intégralement selon son barème.

Bon à savoir

Un Français résidant en Andorre qui conserve un bien immobilier en France (résidence secondaire, investissement locatif) s'expose à une taxation successorale française sur ce bien. La stratégie d'expatriation ne permet d'optimiser que la fiscalité sur les biens situés hors de France — et encore, à condition que les héritiers ne soient pas résidents français.

L'assurance-vie : le cas particulier de l'article 990 I

L'assurance-vie constitue l'un des actifs les plus sensibles dans une succession transfrontalière France-Andorre. Le traitement fiscal dépend de la localisation de l'assureur et du domicile du souscripteur au moment du versement des primes.

L'article 990 I du CGI

L'article 990 I du CGI soumet au prélèvement les capitaux décès versés par un organisme d'assurance établi en France, quel que soit le domicile du souscripteur ou du bénéficiaire. Le régime est le suivant :

Tranche Taux
Jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire0 %
De 152 500 € à 700 000 €20 %
Au-delà de 700 000 €31,25 %

Source : CGI, art. 990 I.

Impact pour un résident andorran

Un Français résidant en Andorre qui a souscrit un contrat d'assurance-vie auprès d'un assureur français (ou ayant un établissement stable en France) reste soumis au prélèvement de l'article 990 I sur les capitaux décès. Cette taxation s'applique en plus de toute éventuelle taxation andorrane.

Attention

Le crédit d'impôt de l'article 784 A du CGI ne s'applique pas au prélèvement de l'article 990 I, car ce dernier n'est pas techniquement un droit de succession mais un prélèvement sui generis. Le risque de double imposition sur les capitaux d'assurance-vie est donc réel et ne peut pas être éliminé par le mécanisme unilatéral classique.

Stratégie : contrat souscrit auprès d'un assureur andorran

Si le contrat d'assurance-vie est souscrit auprès d'un assureur andorran (sans établissement stable en France), l'article 990 I ne s'applique pas, puisque l'organisme n'est pas « établi en France ». Toutefois, la France peut taxer les capitaux décès au titre de l'article 750 ter si l'héritier/bénéficiaire remplit la condition de résidence (6/10 ans).

Cas pratiques

Cas n° 1 : expatriation réussie — famille entièrement en Andorre

M. et Mme Lefèvre, Français, résident en Andorre depuis 8 ans avec leurs deux enfants (majeurs, également résidents andorrans). Patrimoine : 1,5 M€ en Andorre, aucun bien en France.

Critère Résultat
Défunt domicilié en France ?Non
Héritiers résidents France 6/10 ans ?Non (résidents andorrans)
Biens situés en France ?Non
Taxation FranceAucune
Taxation Andorre0 % (Groupe 1)
Droits totaux0 €

Cas n° 2 : expatriation partielle — enfants restés en France

M. Bernard, Français, réside en Andorre depuis 10 ans. Patrimoine : 2 M€ (1 M€ en Andorre, 1 M€ d'immobilier en France). Ses deux enfants vivent à Paris.

Bien Taxation Andorre Taxation France Crédit 784 A
Biens en Andorre (1 M€)0 % (Groupe 1)Barème français (héritiers 6/10 ans)0 € (0 % payé en Andorre)
Immobilier France (1 M€)Non taxéBarème français (bien en France)

Chaque enfant reçoit 1 M€. Après abattement de 100 000 €, les droits français s'élèvent à environ 194 000 € par enfant, soit 388 000 € au total. L'expatriation en Andorre n'a pas permis de réduire la fiscalité successorale puisque les héritiers sont résidents français.

Cas n° 3 : assurance-vie souscrite en France

Mme Rousseau, résidente andorrane, possède un contrat d'assurance-vie souscrit auprès d'un assureur français, avec 500 000 € de capital. Bénéficiaire : sa fille, résidente en Andorre.

Mme Rousseau aurait pu éviter cette taxation en souscrivant auprès d'un assureur andorran, à condition que la fille ne remplisse pas la condition de résidence française.

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