Le décès d'un proche ouvre la procédure de règlement de la succession. Dans la grande majorité des cas, cette procédure passe par un notaire, officier public chargé de constater, formaliser et sécuriser juridiquement la transmission du patrimoine. Comprendre comment se déroule ce processus permet aux héritiers d'anticiper les démarches, de préparer les documents et d'éviter les retards qui peuvent coûter cher.
Quand faut-il passer par un notaire ?
Le recours à un notaire est légalement obligatoire dans les situations suivantes :
- La succession comprend un ou plusieurs biens immobiliers (maison, appartement, terrain, parts de SCI).
- Le défunt avait rédigé un testament ou consenti une donation entre époux.
- L'actif successoral dépasse 5 965 €.
En dehors de ces cas, les héritiers peuvent en théorie traiter la succession sans notaire et déposer eux-mêmes la déclaration fiscale. Cette situation ne se présente que pour des successions très simples : peu d'actifs, pas d'immobilier, héritiers en accord parfait.
Même lorsque le notaire n'est pas obligatoire, il reste fortement conseillé dès lors que la situation familiale est complexe (enfants de plusieurs lits, héritiers en désaccord, donations antérieures) ou que le patrimoine comprend des actifs spécifiques (assurance-vie, entreprise, biens à l'étranger).
Étape 1 : l'acte de notoriété
Le règlement de la succession débute par la rédaction de l'acte de notoriété. C'est le premier acte notarié produit dans la procédure. Il identifie officiellement :
- Le défunt (nom, prénom, date et lieu de naissance, date et lieu de décès, dernier domicile).
- La liste des héritiers légaux ou testamentaires.
- Les droits de chacun dans la succession (part légale ou testamentaire).
- Le régime matrimonial applicable (si le défunt était marié).
L'acte de notoriété remplace pour les successions complexes l'ancien "certificat d'hérédité". Il est établi sur déclaration des héritiers (sous serment) et vérification des actes d'état civil. Le notaire consulte également le fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV) pour détecter l'existence d'un éventuel testament.
L'acte de notoriété est l'acte notarié qui établit la qualité d'héritier. Il permet à chaque héritier de se présenter auprès des banques, des administrations et des tiers pour exercer ses droits dans la succession. Il est généralement établi dans les premières semaines suivant le décès.
L'acte de notoriété est ensuite utilisé comme justificatif par les héritiers auprès des établissements bancaires pour débloquer les comptes du défunt (dans le cadre légal prévu), et auprès de toute administration qui exige la preuve de la qualité d'héritier.
Étape 2 : l'inventaire et l'évaluation du patrimoine
Avant de pouvoir établir la déclaration de succession, il est nécessaire de dresser un inventaire complet du patrimoine du défunt et d'évaluer chaque bien à sa valeur au jour du décès.
L'inventaire mobilier
Lorsque la succession comprend des meubles, des objets d'art, des bijoux ou des collections, un commissaire-priseur ou un notaire peut procéder à un inventaire physique des biens meubles. Cet inventaire est optionnel lorsque les héritiers s'accordent sur une évaluation forfaitaire du mobilier (généralement 5 % de l'actif brut successoral).
Cependant, l'inventaire mobilier devient obligatoire dans certaines situations :
- Lorsqu'un héritier est mineur ou sous tutelle.
- Lorsqu'un héritier accepte la succession "à concurrence de l'actif net" (option d'acceptation limitée).
- Lorsque les héritiers sont en désaccord sur l'évaluation.
L'évaluation des biens immobiliers
L'évaluation des biens immobiliers est une étape cruciale car elle conditionne directement le montant des droits de succession. Les biens immobiliers doivent être déclarés à leur valeur vénale réelle au jour du décès, c'est-à-dire au prix auquel ils pourraient être vendus sur le marché libre.
L'administration fiscale peut remettre en cause une évaluation jugée insuffisante. En cas de sous-évaluation constatée lors d'un contrôle fiscal, l'administration peut redresser la déclaration et réclamer des droits supplémentaires, assortis d'intérêts de retard.
Ne sous-estimez pas la valeur des biens immobiliers dans la déclaration de succession. L'administration fiscale dispose de bases de données de transactions immobilières (DVF) et peut contester toute évaluation manifestement inférieure aux prix du marché local. La pénalité en cas de sous-évaluation délibérée peut atteindre 40 % des droits éludés.
Les actifs financiers
Les comptes bancaires, livrets, PEA, comptes-titres et autres placements sont déclarés pour leur solde ou valeur à la date du décès. Le notaire contacte directement les établissements financiers pour obtenir les attestations de solde nécessaires.
Étape 3 : la déclaration de succession
La déclaration de succession est le document fiscal central qui récapitule l'ensemble des actifs et passifs de la succession, calcule la part de chaque héritier et détermine les droits dus. Elle doit être déposée dans un délai de 6 mois à compter du décès (en France métropolitaine).
C'est le notaire qui prépare et dépose ce document auprès du service de la publicité foncière et de l'enregistrement. La déclaration comprend :
- La désignation des parties (défunt et héritiers).
- La liste détaillée de l'actif brut successoral.
- Les dettes déductibles (passif successoral).
- Le calcul de l'actif net partageable.
- La répartition entre héritiers selon leurs droits.
- Le calcul des droits dus par chaque héritier, après application des abattements.
Lorsque certains éléments du patrimoine ne sont pas encore connus ou évalués dans le délai de 6 mois (litige en cours, bien en cours d'estimation), il est possible de déposer une déclaration provisoire dans les délais, puis une déclaration rectificative ultérieure. Cela évite les pénalités de retard tout en laissant du temps pour compléter les informations.
Étape 4 : le paiement des droits
Les droits de succession calculés dans la déclaration doivent être réglés au moment du dépôt de celle-ci. Chaque héritier règle les droits correspondant à sa propre part.
Le paiement s'effectue par virement ou chèque auprès du service de la publicité foncière. Le notaire peut centraliser les paiements au nom de l'ensemble des héritiers.
Options de paiement différé ou fractionné
Lorsque la succession comprend des biens non liquides (immobilier, parts d'entreprise, oeuvres d'art), les héritiers peuvent éprouver des difficultés à rassembler les liquidités nécessaires. Deux options existent :
- Le paiement fractionné : l'administration fiscale peut autoriser le paiement en plusieurs versements échelonnés sur une durée maximale (généralement limitée). Des intérêts s'appliquent.
- Le paiement différé : dans certains cas spécifiques (notamment en présence d'usufruit ou de parts d'entreprise non cotées), le paiement peut être différé jusqu'à la réalisation des biens. Des garanties sont exigées et des intérêts courent.
Ces options doivent être demandées explicitement et ne sont pas accordées automatiquement. Le notaire accompagne les héritiers dans ces démarches.
Étape 5 : le partage
Une fois la déclaration déposée et les droits réglés, il reste à procéder au partage effectif des biens entre les héritiers. Cette étape peut être simultanée à la phase fiscale ou lui succéder, selon les situations.
Le partage amiable
Lorsque les héritiers s'entendent sur l'attribution des biens, le notaire rédige un acte de partage qui formalise la répartition convenue. Chaque héritier reçoit les biens ou la valeur en numéraire correspondant à sa part.
En cas d'inégalité de lots (un héritier reçoit un bien d'une valeur supérieure à sa part), une soulte est versée par cet héritier aux autres pour rééquilibrer.
L'indivision temporaire
Les héritiers ne sont pas obligés de partager immédiatement. Ils peuvent décider de rester en indivision pour un temps, notamment lorsqu'il n'est pas opportun de vendre un bien immobilier immédiatement (marché défavorable, occupant en place, etc.). Un acte d'indivision peut encadrer cette période et fixer les règles de gestion.
Le partage judiciaire
Si les héritiers ne parviennent pas à s'accorder, le partage peut être demandé judiciairement. Le tribunal judiciaire désigne alors un notaire-liquidateur qui procède au partage sous contrôle judiciaire. Cette procédure est longue, coûteuse et source de tensions. Elle dure en général plusieurs années.
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Estimer ma successionDurée moyenne du règlement successoral
La durée d'une succession varie considérablement selon sa complexité. Voici les ordres de grandeur habituels :
| Type de succession | Durée estimée |
|---|---|
| Succession simple (pas d'immobilier, héritiers en accord) | 3 à 6 mois |
| Succession avec un bien immobilier, héritiers en accord | 6 à 12 mois |
| Succession avec plusieurs biens, situation complexe | 12 à 24 mois |
| Succession avec désaccord entre héritiers ou contentieux | 2 à 5 ans |
| Succession internationale (biens à l'étranger) | 12 à 36 mois |
Plusieurs facteurs peuvent allonger la durée du règlement :
- Des héritiers difficiles à localiser ou refusant de signer les actes.
- Des biens immobiliers nécessitant des expertises particulières.
- Des dettes contestées par les héritiers.
- Une entreprise dans la succession, nécessitant une évaluation par expert-comptable.
- Un litige portant sur la validité d'un testament.
- Un patrimoine situé dans plusieurs pays.
Documents à fournir au notaire
La rapidité du règlement successoral dépend en grande partie de la célérité avec laquelle les héritiers fournissent les documents au notaire. Voici la liste principale :
Documents d'état civil
- Acte de décès (plusieurs exemplaires).
- Acte de naissance du défunt (de moins de 3 mois).
- Livret de famille complet.
- Contrat de mariage ou jugement de divorce et de liquidation du régime matrimonial.
- Actes de naissance de chaque héritier.
- Pièces d'identité de chaque héritier.
Documents relatifs aux biens
- Immobilier : titres de propriété, derniers avis de taxe foncière, documents de copropriété, diagnostics techniques, baux locatifs.
- Véhicules : cartes grises.
- Comptes bancaires et placements : relevés au jour du décès, attestations de solde.
- Assurances-vie : contrats, avec identification des bénéficiaires.
- Valeurs mobilières : relevés de portefeuille au jour du décès.
- Parts de sociétés : statuts, derniers bilans, évaluation par expert si nécessaire.
Documents relatifs aux dettes
- Tableaux d'amortissement des prêts en cours, avec solde restant dû au jour du décès.
- Factures de frais funéraires.
- Dernière déclaration de revenus du défunt.
- Factures impayées, loyers en retard, autres créanciers connus.
Comment choisir son notaire ?
En principe, c'est le notaire du dernier domicile du défunt qui est compétent pour ouvrir la succession. Mais n'importe quel notaire, quelle que soit sa localisation, peut être mandaté par les héritiers.
Il est naturel de faire appel au notaire qui a accompagné la famille ou le défunt de son vivant : il connaît déjà le patrimoine, les donations antérieures et les dispositions testamentaires. Cela accélère la procédure.
Chaque héritier peut désigner son propre notaire. Les deux (ou plusieurs) notaires collaborent alors et se partagent les émoluments réglementés. Le coût total pour les héritiers reste identique : il n'y a pas de surcoût à avoir plusieurs notaires.
En cas de difficulté pour trouver un notaire, le Conseil Supérieur du Notariat met à disposition un annuaire en ligne permettant de trouver un notaire par région et spécialité.
Les coûts du règlement successoral
Les frais de notaire pour une succession comprennent trois composantes distinctes :
Les émoluments réglementés
Les émoluments sont les honoraires légaux du notaire pour les actes tarifés par décret. Ils sont proportionnels à la valeur de la succession et calculés selon un barème dégressif (voir notre article dédié sur le coût du notaire pour une succession).
Les honoraires libres
Pour certaines missions non tarifées (conseils spécifiques, gestion de situations complexes), le notaire peut pratiquer des honoraires librement fixés. Ces honoraires doivent faire l'objet d'une convention écrite préalable.
Les débours et droits fiscaux
Les débours comprennent les frais avancés par le notaire pour le compte des héritiers : droits d'enregistrement, frais de publicité foncière, coût des actes d'état civil, frais de recherche au FCDDV. Ces sommes ne constituent pas une rémunération du notaire mais des avances remboursées par les héritiers.
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