Qui est concerné par le taux de 60 % ?
Le taux de 60 % est le taux le plus élevé du barème des droits de succession français. Il s'applique à toutes les personnes qui ne disposent d'aucun lien de parenté direct ou collatéral proche avec le défunt au sens fiscal du terme. En pratique, trois grandes catégories de personnes sont concernées.
Les concubins (union libre)
Les personnes qui vivent en union libre — c'est-à-dire ni mariées, ni pacsées — sont traitées par le fisc comme des tiers complets. Contrairement aux idées reçues, partager une vie commune pendant des années, avoir des enfants ensemble, posséder des biens en commun : rien de tout cela ne crée de lien de parenté fiscal. Un concubin est pour l'administration fiscale un étranger à la succession de son partenaire.
Les amis et proches sans lien de parenté
Il arrive qu'une personne souhaite, par testament, transmettre tout ou partie de son patrimoine à un ami proche, un voisin de longue date, un ancien collègue ou toute autre personne avec laquelle elle entretient des liens affectifs forts mais aucun lien de parenté légal. Ces personnes sont également soumises au taux de 60 %.
Les parents éloignés au-delà du 4e degré
Le Code civil reconnaît les liens de parenté jusqu'au 6e degré pour la dévolution légale de la succession. Mais sur le plan fiscal, dès lors que le degré de parenté dépasse le 4e degré (au-delà des cousins germains), le taux applicable est celui des tiers : 60 %. Cousins issus de germains (5e degré), cousins au troisième degré (6e degré) : tous sont taxés comme des étrangers à la succession.
Les cousins germains (enfants des frères et sœurs du défunt, soit le 4e degré) bénéficient d'un taux plus favorable : ils entrent dans la catégorie des parents jusqu'au 4e degré et sont taxés à 55 % après un abattement de 1 594 €. Ce n'est qu'au-delà du 4e degré que le taux de 60 % s'applique.
Le taux de 60 % et l'abattement de 1 594 € : fonctionnement
Le régime fiscal applicable aux successions sans lien de parenté est défini par l'article 777 du Code général des impôts. Il repose sur deux éléments.
Un abattement symbolique de 1 594 €
Avant d'appliquer le taux d'imposition, le bénéficiaire déduit de sa part successorale un abattement de 1 594 €. Ce montant est considérablement plus faible que les abattements accordés aux héritiers ayant un lien de parenté :
| Lien de parenté | Abattement | Taux |
|---|---|---|
| Conjoint marié / Pacsé | Exonération totale | 0 % |
| Enfant | 100 000 € | 5 % à 45 % |
| Frère / Sœur | 15 932 € | 35 % / 45 % |
| Neveu / Nièce | 7 967 € | 55 % |
| Tiers / Concubin / Parents > 4e degré | 1 594 € | 60 % |
Cet abattement de 1 594 € est soumis au rappel fiscal de 15 ans. Si des donations ont été consenties par le défunt au même bénéficiaire dans les 15 années précédant le décès, ces montants viennent en déduction de cet abattement déjà faible.
Un taux unique de 60 %
Contrairement au barème progressif applicable en ligne directe (qui démarre à 5 %), le taux de 60 % est un taux forfaitaire unique. Il s'applique à la totalité de la part nette taxable, dès le premier euro. Il n'y a pas de tranche à taux réduit, pas de progressivité : 60 cents sur chaque euro taxable vont directement à l'État.
Les droits de succession doivent être payés en numéraire dans les six mois suivant le décès (ou douze mois si le décès est survenu à l'étranger). Pour un bénéficiaire qui hérite d'un bien immobilier, cela peut poser un problème de liquidité : il doit acquitter 60 % de la valeur du bien sans nécessairement disposer des fonds. La vente du bien peut devenir inévitable.
Le piège du concubinage
La situation des couples en union libre est l'une des plus problématiques du droit successoral français. Elle cumule deux handicaps majeurs : l'absence de droits légaux à la succession et une fiscalité confiscatoire en cas de legs testamentaire.
Sans testament : le concubin n'hérite de rien
En l'absence de testament, la succession est répartie selon la dévolution légale, qui ne reconnaît pas le concubin comme héritier. Quelle que soit la durée de la vie commune — un an, dix ans, trente ans — le partenaire en union libre n'a aucun droit successoral légal.
Les héritiers légaux (enfants, parents du défunt, frères et sœurs, etc.) peuvent donc récupérer l'intégralité de la succession, y compris la part des biens achetés en commun par les concubins (à l'exception de la moitié correspondant à la quote-part de propriété du survivant dans un bien en indivision).
Avec testament : une taxation à 60 %
Si le défunt a rédigé un testament désignant son concubin comme légataire, celui-ci peut recevoir une part de la succession. Mais cette transmission est lourdement taxée : 60 % sur la totalité après 1 594 € d'abattement.
Cette situation est particulièrement cruelle pour les couples qui n'ont pas eu d'enfants et qui souhaitaient naturellement se transmettre leur patrimoine. Le défaut d'anticipation peut conduire à une perte financière considérable pour le survivant, voire à la nécessité de vendre le logement commun pour payer les droits.
Si le défunt a des enfants, ceux-ci sont des héritiers réservataires. Le concubin désigné par testament ne peut recevoir qu'une partie de la succession : la quotité disponible. En présence de deux enfants, le concubin ne peut recevoir plus d'un tiers de la succession, même si le testament le désigne comme légataire universel. Les enfants peuvent exercer une action en réduction pour récupérer leur part réservataire.
Notre simulateur gratuit vous aide à visualiser l'impact fiscal de votre situation et les leviers pour protéger votre partenaire.
Estimer ma successionComparaison avec d'autres pays européens
Le taux de 60 % applicable en France aux successions sans lien de parenté est l'un des plus élevés d'Europe. Un bref panorama international permet de mesurer à quel point la fiscalité successorale française est particulièrement pénalisante pour les transmissions hors cadre familial strict.
Allemagne
En Allemagne, les transmissions à des personnes sans lien de parenté sont soumises à un barème progressif allant de 30 % à 50 %, avec un abattement de 20 000 €. Le taux maximum est donc inférieur au taux unique français, et l'abattement est plus de dix fois supérieur à celui de 1 594 € accordé en France.
Espagne
En Espagne, la fiscalité successorale est décentralisée au niveau des communautés autonomes. Certaines régions comme Madrid ou les Canaries ont considérablement allégé les droits de succession pour toutes les catégories d'héritiers, y compris les tiers. Le taux effectif peut y être quasi nul, même pour des transmissions importantes.
Portugal
Le Portugal a supprimé les droits de succession entre membres de la famille directe et applique un taux de 10 % (impôt de timbre) pour les transmissions aux tiers. Ce taux est six fois inférieur à celui applicable en France pour la même catégorie.
Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, l'Inheritance Tax s'applique au taux unique de 40 % sur la valeur de la succession dépassant 325 000 £ (le nil-rate band). Ce taux est calculé sur la totalité de la succession (et non par héritier), mais le seuil d'exonération est beaucoup plus élevé qu'en France pour les successions importantes.
Les comparaisons internationales en matière de fiscalité successorale doivent être appréhendées avec prudence : chaque système présente des caractéristiques propres (assiette taxable, déductions, abattements, régimes spéciaux) qui rendent les comparaisons strictement numériques parfois trompeuses. Le taux de 60 % français s'applique toutefois sans aucune tranche progressive, ce qui le rend particulièrement sévère dès les premiers euros taxables.
Les parents éloignés au-delà du 4e degré
Le droit civil français reconnaît des liens de parenté jusqu'au 6e degré inclus pour la dévolution légale de la succession. Mais le droit fiscal, lui, n'accorde les régimes préférentiels (barèmes progressifs, abattements significatifs) qu'aux parentés jusqu'au 4e degré.
Le calcul des degrés de parenté
Pour calculer le degré de parenté entre deux personnes, on compte le nombre de générations qui les séparent en remontant jusqu'à l'ancêtre commun, puis en redescendant.
- Frère/sœur : 2e degré (1 génération vers le parent commun + 1 génération en redescendant)
- Oncle/tante — neveu/nièce : 3e degré
- Cousins germains : 4e degré
- Cousins issus de germains : 5e degré → taux de 60 %
- Cousins au 3e degré : 6e degré → taux de 60 %
En pratique, de nombreuses personnes ont des liens affectifs forts avec des cousins issus de germains ou des cousins éloignés. La réalité fiscale est pourtant claire : dès lors qu'on dépasse le 4e degré, le fisc traite cette transmission comme celle d'un étranger.
Les alternatives légales pour réduire la charge
Face au taux de 60 %, plusieurs mécanismes légaux permettent de transmettre davantage à une personne sans lien de parenté tout en réduisant substantiellement la charge fiscale. Ces solutions doivent impérativement être mises en place avant le décès, idéalement bien en amont.
Le PACS : la solution la plus radicale pour les couples
Pour les couples en union libre, le PACS (Pacte civil de solidarité) est de loin la solution la plus efficace sur le plan successoral. Depuis la loi TEPA de 2007, le partenaire de PACS bénéficie de la même exonération totale de droits de succession que le conjoint marié.
Se pacser est une démarche simple, rapide et peu coûteuse. Elle peut se faire devant un notaire ou en mairie (devant l'officier d'état civil). Elle n'entraîne pas les mêmes conséquences qu'un mariage (pas de communauté de biens automatique, régime de séparation par défaut), mais elle offre une protection fiscale successorale identique.
Le PACS protège fiscalement mais n'accorde pas automatiquement des droits légaux à la succession. Pour que le partenaire pacsé hérite effectivement, il faut rédiger un testament le désignant comme légataire. Sans testament, le partenaire pacsé est exonéré de droits… mais ne reçoit rien car il n'est pas héritier légal. Les deux éléments — PACS et testament — sont complémentaires et nécessaires.
L'assurance-vie : transmettre hors succession
L'assurance-vie est le principal outil de transmission hors succession en France. Elle permet de désigner un ou plusieurs bénéficiaires — qu'il s'agisse de proches parents, de concubins, d'amis ou de toute autre personne — et de leur transmettre des capitaux à son décès dans le cadre d'une fiscalité spécifique, distincte des droits de succession ordinaires.
Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné bénéficie d'un abattement de 152 500 €. Au-delà de cet abattement, la taxation est de :
- 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable,
- 31,25 % au-delà.
Comparé au taux de 60 %, l'économie peut être très substantielle, notamment pour les capitaux transmis en dessous du seuil de 152 500 € par bénéficiaire, qui sont totalement exonérés.
Pour les primes versées après 70 ans, le régime est moins favorable : seules les primes jusqu'à 30 500 € sont exonérées (abattement global partagé entre tous les bénéficiaires), et les produits (intérêts) restent exonérés.
La donation du vivant
Réaliser une donation de son vivant à la personne que l'on souhaite avantager utilise le même taux de 60 % et le même abattement de 1 594 €. L'avantage réside dans le renouvellement de l'abattement tous les 15 ans : une série de donations régulièrement espacées dans le temps permet de transmettre plusieurs tranches de 1 594 € en franchise de droits.
La donation porte également les droits à la charge du donateur si on le souhaite, ce qui réduit d'autant la base taxable finale.
Le démembrement de propriété
Le démembrement de propriété consiste à séparer la nue-propriété d'un bien de son usufruit. Le donateur peut transmettre la nue-propriété de son vivant (en payant des droits sur une valeur réduite), tout en conservant l'usufruit (c'est-à-dire le droit d'utiliser le bien ou d'en percevoir les revenus) jusqu'à son décès. Au décès, l'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire.
Ce mécanisme peut être combiné avec d'autres outils et nécessite une planification précise avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine.
Léguer à une association ou une fondation
Lorsqu'une personne sans héritier proche souhaite donner un sens à la transmission de son patrimoine, le legs à une association reconnue d'utilité publique ou à une fondation peut représenter une alternative pertinente. Ces entités bénéficient en effet d'une exonération totale de droits de succession.
Contrairement à un tiers qui acquitterait 60 % de droits sur la valeur reçue, une association d'utilité publique reçoit 100 % du legs, sans prélèvement fiscal. Cette option est particulièrement adaptée aux personnes qui :
- N'ont pas d'héritiers proches auxquels elles souhaitent transmettre,
- Souhaitent que leur patrimoine serve une cause qui leur tient à cœur,
- Préfèrent orienter leur succession vers une utilité collective plutôt que de voir une large partie absorbée par les droits de succession.
Toutes les associations ne bénéficient pas de l'exonération de droits de succession. Seules les associations et fondations reconnues d'utilité publique, ainsi que certains organismes limitativement énumérés par la loi (associations cultuelles, syndicats professionnels, etc.), en sont exonérées. Il est indispensable de vérifier le statut de l'organisme bénéficiaire avant de rédiger un testament en sa faveur.
La transmission du patrimoine sans lien de parenté est l'une des situations successorales les plus périlleuses du droit français. Quel que soit le profil — concubin, ami proche, parent éloigné — l'anticipation est la seule voie pour éviter une ponction confiscatoire sur les sommes transmises. Les outils existent ; ils demandent simplement d'être activés suffisamment tôt.
Simulez votre succession dès aujourd'hui et identifiez les solutions adaptées à votre situation.
Simuler gratuitement